Une certaine fraîcheur du regard : Gravures et céramiques
Centre Ici pour les Arts
712 Rue Saint-Georges Saint –Jérôme
(450) 569-4000
www.iciparlesarts.com
du 12 au 27 mai 2011
Au fil de ses œuvres, Ilania Abileah se révèle comme exploratrice de territoires visuels inédits. Douée d’un tempérament qui combine l’intellect à l’émotion, elle rend possible une certaine fraîcheur du regard, ce qui n’est ni évident, ni courant. Elle aime découvrir des territoires esthétiques, ainsi que surprendre le spectateur, en maintenant une grande délicatesse chromatique et au plan du dessin.
La quête visuelle inclut – avouons-le carrément – un parti pris pour la beauté. Intrépide, Ilania Abileah s’investit dans les médiums artistiques; elle fait le tour des possibilités expressives depuis la peinture à l’acrylique en passant par la tempera, explorant les aspects si riches de la gravure, elle se dédie aussi au travail de la céramique… En dépit de la diversité de voies et de moyens, il s’agit chez cette artiste d’une œuvre clairement unitaire et centrée au plan thématique : non pas de commentaires sur ce qui existe déjà, mais de quelque chose qui émane du sujet qui crée l’œuvre. Chaque travail possède son point de mire visuel, de sorte que l’hybridité visuelle et la dissonance en sont peu ou prou absentes de l’oeuvre.
Cette préférence pour l’unité visuelle peut nous conduire vers une nuancée, une légère aérienne méditation au rythme du chromatisme et des textures. Ainsi, l’empreinte textile et les diverses granulations tracées sur la surface des impressions collagraphiques se caractérisent à la fois par la variété et la délicatesse.
Quelques thèmes jalonnent l’œuvre plastique. L’amour et l’érotisme, ponctués de gammes de rouge et d’orangé, sont invoqués de manière discrète et lyrique, ainsi que la nature qui constitue une forme d’arrière-plan de l’œuvre. À travers des ambiances lumineuses, de bleus et de lilas témoignant d’un rêve de la Méditerranée, des aspects de la nature nordique inspirés par la poésie de la nature laurentienne sont également présents au fil des toiles et gravures. L’artiste est fascinée par le monde de la danse classique et contemporaine, dont la trace se retrouve à travers l’étendue de la création. Associé au rythme de la danse, un certain mouvement ascendant anime son dessin et ses surfaces chromatiques. En contrepoint aux formes géométriques, le dessin est parfois caractérisé par un mouvement libre et analogique à celui de la danse.
Un autre élément qui marque l’œuvre, c’est une influence de la culture juive, des archétypes telles que ces lettres de l’alphabet hébraïque : influence biblique revue par une sensibilité israélienne qui se retrouve à l’arrière-plan de l’œuvre : ce sont des modes de sentir proposés sans la moindre intransigeance, sans l’imposition de discours identitaire. La spiritualité n’exclut pas la présence du corps, car des évocations érotiques jalonnent l’œuvre. La présence assez fréquente du serpent évoque la pulsion érotique masculine, dépeindre le violoncelle ou la contrebasse nous renvoie de surcroît à des résonances féminines.
« Je fais de la gravure, mais je la fais en tant que peintre », nous rappelle l’artiste, en se démarquant ainsi de la nature dessinée, de cette essence de la gravure définie en quelque sorte par la ligne. Ainsi s’explique la préférence chromatique à l’intérieur des cadres. Dans la collagraphie intitulée Qu’est-ce qui suit ? (2008), ainsi que dans la gravure sur bois La dame de la vague (2001), les couleurs primaires ainsi que le vert déterminent l’atmosphère visuelle, elles s’inscrivent dans un jeu de lignes ascendant renvoyant à une certaine spiritualité.
Aspect essentiel : les couleurs sont délayées, elles respirent, et à travers cette qualité aérienne, Ilania Abileah rejoint également la dialogique du vide et du plein que propose l’esthétique chinoise ou taoïste. Chez l’artiste, l’on ressent aussi, indistinctement des influences de la modernité d’Europe centrale, que ce soit celles de la mémoire des corps tourmentés de Kokoschka ou Schiele, en même temps que la polychromie esthétique d’un Klimt. Dans la toile intitulée Automne (2004), représentant un nu gisant sur une prairie au cœur des bois, l’ivresse prend les couleurs de la mort et la nature est en harmonie avec un sentiment crépusculaire. Les tons complémentaires parcourent la chair et la teinte des feuillages connote un drame, une stupeur, un chavirement : dérive existentielle aux confins du néant – et les tons complémentaires forment une plénitude optique. La nature nordique brille quant à elle sous la lumière automnale.
Née en Israël, Ilania Abileah s’établissait en 1968 au Québec. Elle habite depuis une vingtaine d’années une petite maison entourée d’un beau jardin fleuri l’été au sein des Basses Laurentides. Active dans le milieu de la culture, l’artiste se retrouve aussi parmi les fondateurs de la Route des arts d’Argenteuil, association qui regroupe une quarantaine d’artistes. Impliquée dans la gestion du groupe, l’artiste a été chargée au cours des ans de planification, de publicité et de relations publiques.